{"id":1118,"date":"2021-11-23T14:05:40","date_gmt":"2021-11-23T13:05:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.sociologie-clinique.org\/france\/?p=1118"},"modified":"2021-11-23T14:05:40","modified_gmt":"2021-11-23T13:05:40","slug":"soutenance-de-these-les-gymners-hypermodernes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.sociologie-clinique.org\/france\/soutenance-de-these-les-gymners-hypermodernes\/","title":{"rendered":"Soutenance de th\u00e8se: \u00ab\u00a0Les gymners hypermodernes\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><strong>Quentin Froment<\/strong> soutiendra sa th\u00e8se en sociologie le <strong>mercredi\u00a08 d\u00e9cembre 2021\u00a0\u00e0\u00a014h30\u00a0<\/strong>dans la salle 115 du b\u00e2timent Olympe de Gouge de l\u2019<strong>Universit\u00e9 de Paris<\/strong>, \u00a08 rue Albert Einstein, Paris 13<sup>\u00e8me<\/sup>\u00a0arrondissement, devant un jury compos\u00e9 de :<\/p>\n<ul>\n<li>Fabienne Hanique, professeure \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Paris, pr\u00e9sidente du jury<\/li>\n<li>Vincent de Gaulejac, professeur \u00e9m\u00e9rite \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Paris, directeur<\/li>\n<li>Teresa Carreitero, professeure \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9d\u00e9rale Fluminense, Br\u00e9sil, rapporteur<\/li>\n<li>B\u00e9n\u00e9dicte Vidaillet, professeure \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Paris Est Cr\u00e9teil, rapporteur<\/li>\n<li>Jean-Pierre Escriva, ma\u00eetre de conf\u00e9rences \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Poitiers, examinateur<\/li>\n<\/ul>\n<p>La soutenance sera suivie d\u2019un pot.<\/p>\n<p>Pour y assister, contacter :\u00a0<a href=\"mailto:quentin.froment@neuf.fr\"><u>quentin.froment@neuf.fr<\/u><\/a><\/p>\n<h3>\nR\u00e9sum\u00e9 de th\u00e8se<\/h3>\n<p>Ce travail de th\u00e8se porte sur l\u2019\u00e9mergence et l\u2019attrait pour les activit\u00e9s physiques d\u2019entretien et de d\u00e9veloppement personnel, regroup\u00e9es sous l\u2019appellation \u00ab\u00a0Gym\u00a0\u00bb en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019emploi du mot aux Etats-Unis\u00a0: musculation, running, cycling, fitness, yoga, stretching, pilates, zumba, body-pump, body-attack, gym tonic, abdos-fessiers, body-sculpt, body-combat, step, bootcamp, cross-fit, bodybalance, aquabiking, aquafitness notamment.<\/p>\n<p>L\u2019angle choisi pour comprendre l\u2019\u00e9mergence de ce ph\u00e9nom\u00e8ne social ne suit pas le sens commun qui attribue g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019\u00e9closion de ces pratiques \u00e0 un besoin de sport face \u00e0 la progression d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 de plus en plus s\u00e9dentaire. Au contraire, il fait le lien entre la progression du Gym et une \u00e9poque marqu\u00e9e par une soci\u00e9t\u00e9 de plus en plus active, que certains chercheurs, comme Nicole Aubert (<em>L\u2019individu hypermoderne<\/em>, 2006), ont qualifi\u00e9 d\u2019hypermoderne.<\/p>\n<p>Dans une soci\u00e9t\u00e9 sous l\u2019emprise de l\u2019imaginaire performatif, se laisser-aller, ne rien faire, devient insupportable et d\u00e8s lors il convient d\u2019adopter un style de vie actif, d\u2019\u00eatre motiv\u00e9 et de se mettre constamment en projet, pour s\u2019am\u00e9liorer et progresser. Dans cette figure hypermoderne, la r\u00e9alisation de soi ne peut passer que par la progression de soi et se rendre chaque jour meilleur que la veille. Le gymner hypermoderne se retrouve prisonnier d\u2019une situation paradoxale dans laquelle il ne peut devenir libre qu\u2019en s\u2019assujettissant au mod\u00e8le performatif.\u00a0 Tant et si bien que m\u00eame quand il cherche \u00e0 se d\u00e9gager de la performance, dans le monde professionnel notamment, qui ne fait plus sens pour lui, en critiquant les d\u00e9sastres humains (burn-out) et environnementaux engendr\u00e9s, il ne se voit pas r\u00e9p\u00e9ter ce mod\u00e8le performatif dans sa vie personnelle alors qu\u2019il pense construire son autonomie et sa libert\u00e9. C\u2019est l\u2019ensemble de son existence qui tombe sous l\u2019emprise de l\u2019optimisation, de l\u2019efficacit\u00e9 et du rendement.<\/p>\n<p>L\u2019individu hypermoderne est un moderne avanc\u00e9, dans le sens o\u00f9 il est pris d\u2019une part entre un besoin d\u2019autonomie, de se d\u00e9gager de ce \u00e0 quoi il est pris, la possibilit\u00e9 de devenir sujet, et d\u2019autre part dans une \u00ab\u00a0expansion illimit\u00e9e d\u2019une pseudo-ma\u00eetrise pseudo-rationnelle\u00a0\u00bb (Castoriadis, 1997), assujetti \u00e0 la performance et \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie du progr\u00e8s, ne pouvant devenir libre que par la production et le rendement. La pratique du Gym porte cet enchev\u00eatrement entre un d\u00e9sir de libert\u00e9, d\u2019affirmation de soi, de besoin de prendre sa vie en main, et un besoin de continuer \u00e0 vivre dans l\u2019imaginaire performatif, dans lequel r\u00e8gne l\u2019efficacit\u00e9 et l\u2019optimisation. Le mod\u00e8le performatif est tenace et profond dans le sens o\u00f9 il vient faire office de d\u00e9fense face au vide engendr\u00e9 par la Modernit\u00e9 (remise en cause de Dieu, individu per\u00e7u comme cr\u00e9ateur et instituant de ses propres lois), g\u00e9n\u00e9rant de fortes angoisses auparavant compens\u00e9es par l\u2019outil religieux. La performance vient cacher une fragilit\u00e9 de l\u2019individu hypermoderne, qui cherche \u00e0 s\u2019\u00e9chapper des angoisses et du risque de d\u00e9pression.<\/p>\n<p>La performance est la partie ensoleill\u00e9e d\u2019un climat d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 profonde et de forte vuln\u00e9rabilit\u00e9. Le d\u00e9gagement et le cheminement dans une r\u00e9elle autonomie est possible \u00e0 partir de la compr\u00e9hension de son emprise \u00e0 la figure hypermoderne. Il s\u2019agit de travailler cliniquement avec le domaine de l\u2019inconscient, comprendre les enjeux profonds sous-jacents, et sortir d\u2019une approche comportementale qui ne permet que de r\u00e9p\u00e9ter le m\u00eame mod\u00e8le performatif sur une autre sc\u00e8ne. En pensant devenir libre, en passant d\u2019un \u00e9tat jug\u00e9 passif \u00e0 un \u00e9tat actif, le gymner hypermoderne ne fait que se r\u00e9assujettir au m\u00eame mod\u00e8le dont il pense se d\u00e9gager. Se laisser-aller, accepter de travailler ses angoisses et sa vuln\u00e9rabilit\u00e9, est un d\u00e9but de chemin, que j\u2019ai exp\u00e9riment\u00e9 en tant que chercheur, et qui permet l\u2019\u00e9closion de cette th\u00e8se, dans un \u00ab\u00a0devenir sujet\u00a0\u00bb. Sans cette implication, cette th\u00e8se resterait sous l\u2019emprise de la figure hypermoderne et ne permettrait pas un travail de recherche objectif.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quentin Froment soutiendra sa th\u00e8se en sociologie le mercredi\u00a08 d\u00e9cembre 2021\u00a0\u00e0\u00a014h30\u00a0dans la salle 115 du b\u00e2timent Olympe de Gouge de l\u2019Universit\u00e9 de Paris, \u00a08 rue Albert Einstein, Paris 13\u00e8me\u00a0arrondissement, devant un jury compos\u00e9 de : Fabienne Hanique, professeure \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Paris, pr\u00e9sidente du jury Vincent de Gaulejac, professeur \u00e9m\u00e9rite \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Paris, directeur [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,28],"tags":[],"class_list":["post-1118","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ile-de-france","category-soutenance"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.sociologie-clinique.org\/france\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1118","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.sociologie-clinique.org\/france\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.sociologie-clinique.org\/france\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sociologie-clinique.org\/france\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sociologie-clinique.org\/france\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1118"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.sociologie-clinique.org\/france\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1118\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1119,"href":"https:\/\/www.sociologie-clinique.org\/france\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1118\/revisions\/1119"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.sociologie-clinique.org\/france\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1118"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sociologie-clinique.org\/france\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1118"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sociologie-clinique.org\/france\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1118"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}