{"id":94,"date":"2018-03-18T23:46:05","date_gmt":"2018-03-18T22:46:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.sociologie-clinique.org\/sp\/?page_id=94"},"modified":"2018-03-18T23:46:05","modified_gmt":"2018-03-18T22:46:05","slug":"jacqueline-barus-michel","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.sociologie-clinique.org\/sp\/jacqueline-barus-michel\/","title":{"rendered":"Jacqueline Barus-Michel"},"content":{"rendered":"<p id=\"tw-target-text\" class=\"tw-data-text tw-ta tw-text-medium\" dir=\"ltr\" data-placeholder=\"Traduction\"><em><strong><span lang=\"es\">P\u00e1gina no traducida<\/span><\/strong><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-335 alignleft\" src=\"https:\/\/www.sociologie-clinique.org\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/IMG_7650_1-300x171-300x171.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"171\" \/>\u00c0 Jacqueline<\/h3>\n<p>Tu as choisi de nous dire au revoir dans un moment particulier : un colloque r\u00e9unissant \u00ab ta famille \u00bb professionnelle, tes coll\u00e8gues, tes \u00e9tudiants, tous ceux que tu as form\u00e9s, accompagn\u00e9s, aim\u00e9s. Tu l\u2019as fait au milieu d\u2019un impromptu, ces moments que tu distillais avec gr\u00e2ce lors de nos rencontres au cours desquels tu nous faisais rire, pleurer et penser. Ne jamais nous prendre trop au s\u00e9rieux, comme enseignant, comme intellectuel, comme chercheur, tout en prenant au s\u00e9rieux la recherche, l\u2019enseignement, la cr\u00e9ation et la transmission de connaissances.<\/p>\n<p>Tu nous a quitt\u00e9s \u00e0 la fin de la premi\u00e8re sc\u00e8ne dans laquelle tu rendais hommage \u00e0 notre m\u00e9tier d\u2019intervenant, de clinicien, explicitant ses enjeux, ses avatars, ses ficelles\u2026 Dans la deuxi\u00e8me sc\u00e8ne tu parodiais \u00ab le psychosociologue s\u00fbr de lui \u00bb inspir\u00e9 du \u00ab m\u00e9decin malgr\u00e9 lui \u00bb de Moli\u00e8re. Comme lui, tu as tir\u00e9 ta r\u00e9v\u00e9rence sur sc\u00e8ne. Tu ne pouvais mieux faire pour nous signifier en pleine connaissance de cause, de poursuivre le chemin que tu as trac\u00e9 pendant toutes ces ann\u00e9es, en nous donnant le go\u00fbt de la connaissance et l\u2019\u00e9nergie du paradoxe.<\/p>\n<p>Je me souviendrai toujours de ton dernier regard, angoiss\u00e9 de te sentir partir, triste de nous quitter, mais aussi heureuse de partager ce moment avec nous, avec tous ceux que tu aimais, et qui t\u2019aiment, tous ceux qui ont eu la chance de te c\u00f4toyer.<\/p>\n<p>Tu incarnais la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, la vitalit\u00e9 et l\u2019intelligence. Une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 comme \u00ab prof \u00bb, dans l\u2018accompagnement des \u00e9tudiants, dans une disponibilit\u00e9 et une ouverture sans restriction. Une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 dans l\u2019amiti\u00e9, toujours vigilante aux autres, toujours attentive \u00e0 les accompagner face aux \u00e9preuves de la vie. Un mot ici sur ton amiti\u00e9 ind\u00e9fectible pour Max et Bernadette que tu as soutenus dans des moments particuli\u00e8rement difficiles et douloureux.<\/p>\n<p>Tu avais le don de remettre de la force vitale face \u00e0 la d\u00e9pression. Une vitalit\u00e9 chevill\u00e9e au corps que tu aimais partager sans retenue. Une vitalit\u00e9 joyeuse, loin des passions tristes et des embrouilles institutionnelles ou existentielles.<\/p>\n<p>Je garderai de toi ta confiance rayonnante dans la vie, le partage, l\u2019intelligence clinique. Tu savais concilier l\u2019intelligence de l\u2019esprit et l\u2019intelligence du c\u0153ur sans jamais sacrifier l\u2019une \u00e0 l\u2019autre. J\u2019ai toujours admir\u00e9 la clart\u00e9 de tes expos\u00e9s, la fulgurance de tes synth\u00e8ses th\u00e9oriques, ta capacit\u00e9 \u00e0 rendre accessible la complexit\u00e9 des sentiments, de l\u2019\u00eatre de l\u2019homme en soci\u00e9t\u00e9 et des situations humaines. C\u2019\u00e9tait l\u00e0 l\u2019objet principal de tes recherches dans la psychologie sociale clinique dont tu incarnais le projet : comprendre les ressorts de l\u2019existence humaine et de la soci\u00e9t\u00e9. La derni\u00e8re table ronde de notre colloque \u00e0 laquelle tu devais participer porte la trace de ces interrogations : \u00ab Pour une sociologie clinique du d\u00e9sir : de sens, de faire, de lien \u00bb. Je te retrouve bien l\u00e0, dans ce d\u00e9sir de sens qui animait toute ton existence, dans ce d\u00e9sir de faire que tu sublimais dans une cr\u00e9ativit\u00e9 de tous les instants et dans ce d\u00e9sir de lien que nous avons eu le bonheur de partager.<\/p>\n<p>L\u2019immense tristesse qui nous habite aujourd\u2019hui est teint\u00e9e de la joie des souvenirs de tous ces moments partag\u00e9s. Tous ces colloques au quatre coins du monde, tous ces s\u00e9minaires, toutes ces f\u00eates o\u00f9 nous avons bu, encore une fois \u00e0 l\u2019amiti\u00e9, l\u2019amour, la joie\u2026<\/p>\n<p>Je voudrais exprimer ici ma gratitude pour toutes ces ann\u00e9es partag\u00e9es, pour ta confiance et l\u2019estime dont tu m\u2019as combl\u00e9 pendant 35 ans de complicit\u00e9, d\u2019\u00e9change, de collaboration.<\/p>\n<p>Lors du colloque organis\u00e9 au LCS pour te rendre hommage, tu avais termin\u00e9 ton intervention par ces mots :<\/p>\n<p><em>\u00ab Coll\u00e8gues, \u00e9tudiants, anciens actuels, \u00e9tudiants devenus coll\u00e8gues et amis chers,<\/em><br \/>\n<em> Je vous aime tous.<\/em><br \/>\n<em> Tant mieux si vous pensez qu\u2019un jour je vous ai apport\u00e9 quelque chose ou fait un peu plaisir. Pardonnez-moi si je vous ai manqu\u00e9 : je n\u2019ai pas toujours une claire conscience de mes insuffisances, mes passions prennent des allures de v\u00e9h\u00e9mence, mon humour d\u2019ironie, mais le fond reste fid\u00e8le.<\/em><\/p>\n<p>Je vous remercie si vous m\u2019aimez un peu, continuez \u00e0 le faire, j\u2019adore \u00e7a ! Et que ce jour n\u2019en soit pas la fin ! \u00bb<\/p>\n<p>Lors de ce colloque, tu nous avais r\u00e9gal\u00e9s d\u2019un impromptu que tu avais intitul\u00e9 \u00ab La nuit c\u2019est le moment \u00bb, m\u00e9lange de textes, d\u2019images de po\u00e8mes, de musiques, de souvenirs, de talents d\u2019humour et d\u2019amour.<\/p>\n<p>Tous ces cadeaux m\u2019avaient inspir\u00e9 un po\u00e8me que je t\u2019avais d\u00e9di\u00e9 en conclusion de ce colloque o\u00f9 nous t\u2019avions pr\u00e9nomm\u00e9 Dame caresse :<\/p>\n<p><em>Merci \u00e0 \u00ab Dame caresse \u00bb, pour la transverberation,<\/em><br \/>\n<em> Pour la poti\u00e8re jalouse et le po\u00e8me \u00e0 Lou,<\/em><br \/>\n<em> Pour les exc\u00e8s d\u2019amour et ton sourire si doux.<\/em><br \/>\n<em> Et bien ! R\u00e9gnez ma belle, contentez votre gloire,<\/em><br \/>\n<em> Continuez le chemin, poursuivez cette histoire,<\/em><br \/>\n<em> Qui est aussi la notre si vous le voulez bien.<\/em><br \/>\n<em> Merci pour aujourd\u2019hui et merci pour demain,<\/em><br \/>\n<em> Dans un mois, dans un an, comment sourirons-nous<\/em><br \/>\n<em> Aux souvenirs communs qui nous unis \u00e0 vous\u2026<\/em><\/p>\n<p>Gracias a la vida que me ha dado tanto<br \/>\nMerci \u00e0 la vie qui m&#8217;a tant donn\u00e9<\/p>\n<p>Merci \u00e0 la vie qui nous a permis de te rencontrer<br \/>\nMerci \u00e0 toi de nous avoir dispens\u00e9 ton bonheur de vivre<\/p>\n<p>Vincent de Gaulejac<br \/>\nLe 23 avril 2015<\/p>\n<p>* * *<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-336 alignleft\" src=\"https:\/\/www.sociologie-clinique.org\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/IMG_6938-205x300-205x300.jpg\" alt=\"\" width=\"188\" height=\"275\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-337 alignleft\" src=\"https:\/\/www.sociologie-clinique.org\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/IMG_7652_1-300x248-300x248.jpg\" alt=\"\" width=\"271\" height=\"224\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>* * *<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-338 alignleft\" src=\"https:\/\/www.sociologie-clinique.org\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/IMG_7564-225x300-225x300.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"300\" \/>Je ne sais si c\u2019est th\u00e9rapeutique, mais je voudrais vous proposer une petite s\u00e9ance d\u2019\u00ab associations libres \u00bb autour de Jacqueline.<\/p>\n<p>D\u2019abord parce que Jacqueline avait une tendresse pour Freud. Ambivalente comme il se doit. Et qui dit Freud, dit Vienne, ville qu\u2019elle adorait : le Ring, le Caf\u00e9 Central, le Belv\u00e9d\u00e8re, Klimt\u2026 j\u2019associe d\u00e9j\u00e0\u2026<\/p>\n<p>Associations libres ensuite, parce que le mot association symbolise son approche. Jacqueline a toujours travaill\u00e9 la question du lien. Le d\u00e9sir de lien devait m\u00eame \u00eatre sa derni\u00e8re conf\u00e9rence.<\/p>\n<p>Enfin, associations libres parce que libre correspond si bien \u00e0 Jacqueline, \u00e0 son ind\u00e9pendance, \u00e0 sa pens\u00e9e hors des dogmes\u2026 ou des chapelles\u2026<\/p>\n<p>Donc, associons.<\/p>\n<p>Le premier mot qui me vient est un nom : Moli\u00e8re. Comme lui, Jacqueline a tir\u00e9 sa r\u00e9v\u00e9rence \u00e0 la fois en pleine possession de son art et en pleine repr\u00e9sentation, sur sc\u00e8ne, lors d\u2019un de ses fameux impromptus. Une sc\u00e8ne \u2013 sociale, scientifique ou autre \u2013 o\u00f9 elle aimait \u00e0 se produire, car elle avait le sens du spectacle, du jeu, du geste, du verbe, de la m\u00e9taphore. D\u2019ailleurs, hormis Vienne ou encore le port de Veere, c\u2019est Venise qu\u2019elle avait plaisir \u00e0 fr\u00e9quenter assid\u00fbment, \u00e0 chaque carnaval en habit d\u2019apparat. Mais avec ou sans atours, Jacqueline avait de toute fa\u00e7on une sacr\u00e9e allure.<\/p>\n<p>De Moli\u00e8re, glissons \u00e0 \u00ab poti\u00e8re \u00bb. Je l\u2019avais jadis appel\u00e9e ainsi en r\u00e9f\u00e9rence et en opposition \u00e0 la \u00ab poti\u00e8re jalouse \u00bb de L\u00e9vi-Strauss, car pr\u00e9cis\u00e9ment, Jacqueline n\u2019a jamais gard\u00e9 jalousement ses secrets de psychosociologue clinicienne. Cette comparaison \u00e9tait n\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un colloque en son honneur il y a quelques ann\u00e9es. Un hommage de son vivant comme elle en plaisantait. Mais tout, avec Jacqueline, \u00e9tait toujours compl\u00e8tement \u00ab de son vivant \u00bb, tant ce qu\u2019elle a fait porte l\u2019empreinte des pulsions de vie. Vitalit\u00e9, vivacit\u00e9. V\u00e9locit\u00e9 aussi. Car il fallait pouvoir la suivre, elle qui \u00e9tait constamment sur la br\u00e8che.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s poti\u00e8re, osons alors prosa\u00efquement \u00ab porti\u00e8re \u00bb : celle de son auto. Car Jacqueline est indissociable de sa voiture, symbole de ce mouvement d\u00e9sirant. Une voiture pour sillonner Paris (jamais de m\u00e9tro) et pour y \u00e9couter sa musique. Une voiture dont (presque \u00e0 chaque sortie) elle s\u2019exclamait avoir perdu les cl\u00e9s au moment de repartir\u2026 alors que celles-ci attendaient sagement au fond de son sac. Porti\u00e8re \u00e9galement, peut-\u00eatre, comme f\u00e9minin de portier : celle qui a les cl\u00e9s justement \u2013 des cl\u00e9s d\u2019analyse \u2013 et qui ouvre les portes, comme celles de la perception ch\u00e8res \u00e0 Huxley. Une Jacqueline \u00e9veilleuse de sens, attirant nos regards sur ce qu\u2019ils ne remarquent pas de prime abord. N\u2019importe o\u00f9, m\u00eame dans la rue, \u00e9mue \u00e0 la vue d\u2019un reflet de soleil sur un toit ou par l\u2019envol d\u2019un oiseau, et nous y rendant attentifs. Ouverture au plaisir aussi, introduisant ses amis au go\u00fbt subtil d\u2019une grappa sublim\u00e9e par l\u2019ajout de raisins de corinthe ou d\u2019une Marie-Galante \u00e0 une table de la Rhumerie St-Germain.<\/p>\n<p>A partir de porti\u00e8re, j\u2019ai falli passer \u00e0 l\u2019\u00e9vident \u00ab posti\u00e8re \u00bb (de quoi associer sur les messages qu\u2019elle a pu nous d\u00e9livrer), mais ce qui me vient est plut\u00f4t l\u2019un peu plus lointain \u00ab princi\u00e8re \u00bb. Car, belle personne et femme forte, Jacqueline \u00e9tait aussi grande dame. \u00ab La Grande Barus \u00bb, comme je la surnommais pour la taquiner. Grande donc, mais aussi espi\u00e8gle et dr\u00f4le, sans doute en cela plus marquise que duchesse. Marquise narquoise parfois, mais toujours affectueusement, moquant par exemple ce qu\u2019elle appelait mes lac\u00e2neries, tout en faisant en sorte que je\u2026 pers\u00e9v\u00e8re.<\/p>\n<p>Encore une association en \u00e8re.<\/p>\n<p>Pers\u00e9v\u00e9rante, en effet, notre marquise n\u2019a jamais abdiqu\u00e9. Ni ses convictions, ni ses id\u00e9es, ni ses engagements (th\u00e9oriques, cliniques, politiques\u2026). Jacqueline les a toujours d\u00e9fendus avec autant de fra\u00eecheur. Une fra\u00eecheur\u2026 je cherche l\u2019ultime chute\u2026 printani\u00e8re. Oui, Vivaldi en est t\u00e9moin, Jacqueline ne pourra \u00eatre, pour nous, que printani\u00e8re.<\/p>\n<p>Gilles Arnaud<br \/>\n23 avril 2015<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-339 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.sociologie-clinique.org\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/IMG_1151-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>P\u00e1gina no traducida &nbsp; \u00c0 Jacqueline Tu as choisi de nous dire au revoir dans un moment particulier : un colloque r\u00e9unissant \u00ab ta famille \u00bb professionnelle, tes coll\u00e8gues, tes \u00e9tudiants, tous ceux que tu as form\u00e9s, accompagn\u00e9s, aim\u00e9s. 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