Colloque international « subjectivations contemporaines »: appel à contributions

Colloque International de Sociologie Clinique

les 24, 25, 26 juin 2020

à Paris, France

 

Subjectivations contemporaines

« Je » et « Nous » dans les mondes complexes

Appel à communications

La sociologie clinique situe au cœur de son approche théorique, épistémologique et méthodologique la question du sujet et donc de la subjectivation, dans la recherche et l’intervention. À la fois concept et objet empirique, la subjectivation désigne des processus sociopsychiques, dans l’action, qui peuvent aboutir à construire des sujets individuels et collectifs.

Le sujet de la psychanalyse, à l’inverse de celui des philosophes, est plutôt pensé comme étranger à lui-même et bien loin de la maîtrise. La subjectivation y désigne une reconnaissance des pulsions inconscientes et un travail intrapsychique afin que, selon la formule de Freud, « là où Ça est, Je puisse advenir ».

Michel Foucault évoque également le concept de subjectivation pour désigner le double processus d’assujettissement de l’individu aux disciplines – et par conséquent au pouvoir -, d’une part, et de son émancipation, d’autre part. Dans cette conception, le sujet, comme la subjectivité ne sont pas des substances, mais des rapports produits, sans cesse, par la subjectivation. Ses formes ont varié historiquement jusqu’à l’actuelle subjectivation en régime capitaliste néolibéral. Jacques Rancière, lui, entend par subjectivation la production d’une instance et d’une capacité d’énonciation par des actes. Le « nous » politique est performatif : c’est en se manifestant en actes que le sujet collectif surgit.

Philosophes et psychanalystes, et maintenant sociologues, anthropologues et sciences de l’éducation, dans des épistémês distinctes, pointent pareillement les possibilités des ratés de la subjectivation, de son empêchement. Ils évoquent l’existence de processus de désubjectivation qui amputent le sujet de sa possibilité de penser, de sentir et d’agir. S’ouvre alors un champ de recherches sur les conditions sociales et psychiques de la subjectivation ainsi que sur les rapports sociaux autour de ses enjeux existentiels et politiques. Ces questions sont au cœur de la sociologie clinique depuis ses origines.

La sociologie clinique, avec ses outils conceptuels et méthodologiques propres, produit des connaissances sur la subjectivation, et des interventions visant à la favoriser. Dans cette épistémologie, le sujet est soumis, assujetti à des déterminismes génétiques, psychiques, familiaux, sociaux. Multiples, contradictoires et hétérogènes, ces déterminants créent une indétermination dans laquelle l’individu se construit pour advenir comme un sujet. Il intervient sur ce qui le détermine et peut chercher à devenir l’auteur de son existence. Évitant ainsi les deux écueils de la toute-puissance du sujet et de l’illusion du tout social, le sujet est entendu dans les deux sens du terme : assujetti socialement, mais aussi capable d’émancipation.

La subjectivation, comme son empêchement, sont en tension dialectique et peuvent être décrits, analysés et expliqués dans leur historicité. La sociologie clinique interroge les conditions sociales de la subjectivation, dans les différentes pratiques sociales, en vue d’accompagner des individus, des groupes, des collectifs ou des organisations, pour se dégager des assujettissements et favoriser leur émancipation.

 

Ce colloque accueille les communications de cliniciens, chercheurs, intervenants et praticiens sur les questions suivantes :

Quelles sont les caractéristiques des subjectivations et désubjectivations contemporaines, dans les divers groupes (pays, sociétés, communautés, institutions, organisations…) et pratiques sociales (politiques, éducatives, du travail, de la consommation, sexuelles, familiales, de la santé, religieuses, scientifiques…). Comment varient-elles selon le sexe, l’âge, la classe sociale, la race assignée et la culture des sujets ? Comment les transformations institutionnelles contemporaines, comme les enjeux écologiques, sociaux et existentiels travaillent la subjectivation ? Voit-on des « je » et des « nous » pensants et agissants, en réponse aux nouvelles déterminations sociales et politiques ? Quelle sociologie des pathologies de la subjectivation peut-on dresser aujourd’hui dans les différents lieux, contextes sociaux et selon les histoires de vie de chacun et chacune ? Quels sont les enjeux en termes de santé, de démocratie et de justice sociale de la subjectivation et de la désubjectivation ?

 

La subjectivation néolibérale est caractérisée par la récupération de la subjectivation par des institutions, pour alimenter paradoxalement de nouveaux processus d’assujettissement. Nous pouvons alors interroger les discours et pratiques dominants et des dominants relativement aux processus de subjectivation : dans quelle mesure l’autonomie, la réflexivité, le « développement personnel », la « passion », la créativité, la coopération, la liberté et même la subversion participent-ils d’une subjectivation émancipatrice lorsqu’elle est prescrite et évaluée ? Dans certaines pratiques numériques la subjectivation est requise, contrôlée et ses expressions possiblement extraites comme matière première pour alimenter le marché de la publicité. S’en défendre suppose alors de déployer une subjectivation autonome à propos d’une subjectivation prescrite.

 

Dans quelle mesure la sociologie clinique, par sa visée et son approche interventionnelle permet-elle, dans les contextes sociaux variés, de produire de l’émancipation ? Comment outiller et accompagner les sujets (individuels et collectifs) pour répondre aux déterminations sociales, politiques, psychiques et biologiques qui les assujettissent en première instance ? Quelles sont les pratiques des sociologues cliniciens, leurs inventions méthodologiques et l’analyse qu’ils peuvent faire des transformations politiques comme des savoirs ainsi produits ? Dans quelle mesure cette sociologie intervenante aide-t-elle, notamment dans un contexte de montée de l’autoritarisme politique et économique, à produire des sujets politiques individuels et collectifs, du « je » et du « nous » pensant et agissant au-delà de ces assujettissements ?

 

Les communications proposées pourront contribuer à affiner le concept de subjectivation individuelle et collective. Comment ce concept, en sociologie clinique, dialogue-t-il avec les autres courants philosophiques, psychanalytiques, psychosociologiques, et sociologiques ? Comment les recherches et interventions actuelles procèdent-elles ? Qu’apporte la sociologie clinique à ce débat interdisciplinaire, d’une part, et au champ de la sociologie, d’autre part ?

Face à l’importance institutionnelle et sociale prise par les neurosciences, les approches cognitivistes et rationalisantes dans la vie sociale, quelles alternatives les sociologues cliniciens peuvent-ils proposer ?

Propositions de communication

Les propositions, rédigées de préférence en langue française, sont attendues pour le 15 janvier 2020.

Elles comporteront : nom et prénom, affiliation institutionnelle, adresse e-mail, titre provisoire de la communication et un résumé de 1000 signes maximum, avec quelques références bibliographiques clés (3 à 8), à l’adresse suivante :

colloquesocioclinique@gmail.com

Texte complet de l’AAC

Comité d’organisation et comité scientifique